Le Masque Neutre

Photo du stage Le Masque Neutre

Le masque neutre est quelque chose comme une limite à l’expression du visage. Il contraint l’acteur à chercher par le corps l’effet juste du sentiment d’une situation dramatique. La parole n’est ainsi qu’au service du jeu que le corps engage par son imagination.

Nous voudrions dire que ce masque, en dépit de la tradition qui lui prête cet attribut, n’est pas «neutre», mais, autrement, limitant : Masque Limite, aimerions-nous dire; c’est, en effet, en mussant les traits de la figure que ce qui demeure des membres découvre une beauté, dans le jeu, bien davantage patente.

Il en va du théâtre, comme de la vie, de n’échapper au fait de l’unique de toutes choses au monde; rien de plus particulier que l’être; rien de plus général que le fait de n’être que de l’unique : la neutralité n’est point imaginable, encore moins jouable.

Le Masque Limite oriente la recherche ailleurs qu’en grimaces et effets de parlures, et l’élaboration de jeux, dérivant de situations, permet à l’acteur de déployer, a contrario d’un semblant de psychologie non-visible, le plaisir et le Joie de l’imaginaire en acte. Être de l’impitoyable colère de Créon, être du désespoir d’Œdipe, être de l’amour homicide d’Othello, être de la puissance inébranlable d’Agripinne, dans cette Joie anesthésiante qui nous est le Paradoxe de notre métier.

De la comédie vient, du décalage entre l’étonnement de la sincérité des intentions et le rythme de la mouvance mécanique des corps, l’effet du sourire; l’effet de la puissance et de la catharsis de la tragédie vient de la coïncidence entre la fluidité sincère des sentiments et le rythme cohérent de la mouvance. Le Masque Limite est un objet de travail qui contraint l’acteur à trouver cette coïncidence et ce décalage.

Le dit masque «neutre» fut un peu de traits placides et un peu d’un air de détente, selon les variantes des décennies passées. Nous lui préférerons l’apparence d’une surface unie et convexe, trouée deux fois, que le sculpteur alsacien Étienne Champion a développée. Nous croyons que le cuir, teint de noir, et l’absence de trop de traits répliquant d’humaines figures, permettront à l’acteur d’accorder ces rêveries aux limites de ce que son image renvoie; au spectateur voyant d’entendre et entendant d’en voir, l’acteur offrira lors de son présent, le décalage comique, ou la coïncidence tragique, d’articuler son imaginaire.

Suivant ce que cet objet retire de possible, et l’alternative que le corps de l’acteur suit de trouver, une méthode se rend raisonnable aux habitudes de celui-ci : c’est la liberté, c’est de penser à cette infinité de l’imaginaire, qui permet le travail des situations particulières.

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